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FRERE FRANCKLIN : UN PAYSAN PARMI LES PAYSANS

Francklin Armand, né en 1947 à Port au Prince, a eu très tôt une vocation religieuse. Après des études chez les pères salésiens avec, notamment, le futur président Aristide, il choisit de devenir religieux dans une communauté rattachée aux congrégations de Charles de Foucauld. Frère Francklin
L’homme et ses convictions
Très jeune, alors qu’il quitte la ville pour la première fois, Francklin découvre le monde de ceux qui font vivre le pays par leur travail sans avoir le droit d’expression : les paysans.

Après douze années passées dans une congrégation Thérésienne, il décide de « devenir paysan parmi les paysans » et se retire le plus loin possible de la ville pour mener une vie de prière et de travail auprès des plus démunis. C’est ainsi qu’il fonde, en 1976, la congrégation des Petits Frères de l’Incarnation (PFI) et part, avec quelques frères, s’installer sur un terrain libre situé à Dos Palais près de Hinche, terrain que l’évêque du lieu met à leur disposition.

Cette première fraternité a pris le temps de se faire accepter par ses voisins, des paysans parmi les plus pauvres d’Haïti, en offrant simplement de l’aide, que cela soit pour une veillée mortuaire ou des travaux collectifs. Un jour, ces mêmes voisins sont venus leur demander de faire jouer leurs relations à Port au Prince pour obtenir une école pour leurs enfants. La fraternité leur a alors proposé d’en construire une, tous ensemble ; c’est ainsi que tout a commencé.

Frère Francklin Armand, souriant, affable et presque timide, dégage un charisme persuasif dès qu’il prend la parole tant sont grandes ses convictions et son implication dans la souffrance de son peuple. Au paysan, qui n’a aucun droit en Haïti, Francklin veut redonner une existence digne et l’amour de sa terre, en lui permettant de vivre décemment de ses fruits. Au contact des paysans, il estime avoir plus reçu que donné, en apprenant, notamment, le sens du travail, de l’endurance, le pragmatisme et l’humour.

Francklin adhère entièrement aux droits de l’homme : il n’admet pas l’exclusion et l’intolérance ; il récuse, cependant, une « dictature des droits de l’homme » qui alignerait les aspirations des pays les plus pauvres sur celles de pays les plus riches.

Pour Francklin, le paysan haïtien doit assumer son destin en prenant lui-même en charge le redressement économique de son pays et en étant le garant de sa culture.
Sa mission et son oeuvre
Le Frère Francklin Armand a fondé il y a 30 ans la Congrégation des Petits Frères de l’Incarnation (PFI), puis quelques années plus tard, avec Sœur Emmanuelle Victor, celle des Petites Sœurs de l’Incarnation (PSI). Ces communautés religieuses autochtones haïtiennes s’inspirent de la spiritualité de Charles de Foucauld : alliant foi et action, elles ont choisi d’être paysans parmi les paysans, c’est-à-dire au milieu de la population la plus rejetée du pays.

Bien qu’ils représentent 80% de la population, les paysans sont en effet totalement déconsidérés dans la société haïtienne: habitants le « pays en dehors », ils sont considérés comme des ignorants ne pouvant progresser et pour lesquels tout effort est inutile.

Mais pour Francklin l’homme n’est homme qu’en tant qu’ « homme debout ». Il doit être reconnu dans toutes ses dimensions : économique, sociale, politique et religieuse.

Les PFI et PSI se consacrent à restaurer cette dignité de l’homme dans le monde rural haïtien, touché selon Francklin par cinq formes d’érosion:
  • l’érosion de la terre liée à la déforestation générale
  • l’érosion économique (par pillage et inertie) qui ruine les campagnes et provoque le phénomène des bidonvilles
  • l’érosion sociale due à un état absent voire au bord de la faillite
  • l’érosion intellectuelle due notamment à la fuite des élites à l’étranger
  • l’érosion spirituelle liée notamment au vaudou
L’action des PFI et PSI permet à des hommes et des femmes, démunis de tout, de se relever, de devenir maîtres de leur destin mais aussi de rebâtir leur pays.

Le but n’est pas de faire à leur place : l’exemple, l’expérience et l’évidence des résultats, contribuent peu à peu à fédérer les efforts de tous dans leurs contributions à des projets dont ils sont les bénéficiaires afin d’assurer eux-mêmes leur propre développement sans dépendre d’une assistance extérieure. Ils doivent être capable de rendre attractif le monde rural, de le moderniser et d’en refaire un lieu de création de richesses à travers la constitution d’îlots économiquement et écologiquement viables.
Ces réalisations montrent au reste du pays qu’il existe des chemins de réussite en Haïti.

Cette démarche globale touche tous les domaines de la vie, rappelant en cela le rôle historiques des abbayes du moyen-âge en Europe :
  • l’éducation et la santé
  • l’action sociale et juridique
  • l’accès aux ressources naturelles, leur optimisation et la restauration des écosystèmes
  • l’accompagnement et l’encadrement de l’économie rurale
  • la vie spirituelle
Les PSI et PFI ont commencé sur le plateau central haïtien, l’une des régions les plus défavorisées et enclavées du pays puis ont développé 15 fraternités réparties à travers tout le pays. Depuis 2004, leur action s’étend au monde rural péri-urbain né de l’exode rural.

La crise politique de ces dernières années engendrant insécurité, rupture des approvisionnements et détérioration des voies de communication, rend le défi plus difficile.